Un texte et un article à méditer, proposés par votre épicerie Bio de proximité.
Autrement à Enghien.
Extrait de « Je suis né dans la tempête » de Jérome Colin paru en 2026.
« Autrefois, on allait à l’épicerie acheter une boîte de sardines et on en revenait avec les nouvelles du quartier. On demandait comment allaient les enfants. On regardait les photos du chien. Et lorsqu’un client achetait un ticket de loterie, on lui demandait ce qu’il ferait s’il venait à gagner. On n’a plus le temps maintenant de connaître le prénom des gamins, la tête des chiens ou les rêves des gens. Le Courant a tout emporté. Alors, quand une vieille dame ne vient plus, plus personne ne sait pourquoi.
Après le seconde guerre mondiale, les Américains ont inventé le supermarché. De vastes hangars avec des allées droites comme des couloirs d’usine dans lesquels ils ont libérés les clients. Habitués à l’épicerie, les gens n’achetaient que le strict nécessaire : du pain, du lait, des œufs, de quoi tenir jusqu’à demain. Les moustachus de l’époque se sont alors gratté le menton et ont compris deux choses essentielles. D’abord, que les besoins primaires ne remplissent jamais un panier car ils sont limités. Ensuite (probablement sous l’impulsion d’un moustachu en chef), qu’il n’existe qu’une seule chose au monde capable de faire déborder le panier : le désir, qui lui, n’a pas de fond. Ils ont alors recruté d’autres moustachus surdiplômés qui ont ouvert le capot de l’esprit humain et mis au point des techniques machiavéliques pour allumer le désir, l’entretenir dans les allées et l’étirer comme un chewing-gum jusqu’à la caisse. »
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